Sexe : Alex Taylor
Posté par William le 22/3/2009 8:40:00
Sexe

Retrouvez en exclu la version intégrale de l'interview parue dans Voici, cette semaine, d'Alex Taylor.
Alex Taylor a cinquante ans,il est journaliste, il habite à Berlin et vous le connaissez mieux comme le beau brun sec à l'accent British qui animait les matinales, sur France 3, il y a quinze ans. Dans "Journal d'un apprenti pervers" (Editions JC Lattès), Alex nous dévoile sans fard tout un pan de sa personnalité bien plus... cuir et 100% virile. Jeux dangereux entre adultes consentants, il suffit de lire le livre pour constater que votre sexualité est peut-être un poil trop classique pour mettre ce gendre idéal dans votre lit.
Allez, on sort le fouet, le cuir et les chaînes et place aux hommes à moustache qui aiment quand ça crie. Interdit aux chochottes, aux mineurs et aux lectrices de Nous Deux.
Une interview de Julien Chevrier & William Rejault. Copyright Voici/Prisma Presse 03-2008.



La couverture du livre d'Alex Taylor


La couverture du livre d'Alex Taylor




Alex Taylor, quelle classe. Le costume cravate cintré, la bonne mine. Vous vous entretenez ?

J'ai un coach sportif à domicile, c'est un de mes seuls luxes... La tenue costume-cravate, c'est pour vous, je tenais à m'habiller correctement, pour changer des récentes photos de moi en cuir parues dans la presse.

Ce livre sur votre vie sexuelle « d'apprenti pervers » regorge d'anecdotes incroyables sur vous ! On a un peu de mal à vous croire...

Oui mais tout ce que je raconte dans le livre est vrai pour une bonne raison : j'ai voulu effacer mon image, j'ai voulu tuer « Alex Taylor ». Pendant dix ans, j'ai fait des émissions de radio et de télé sur l'Europe, en me levant tôt tous les jours, pour me rendre compte que personne ne s'intéressait à l'Europe ! Cet Alex Taylor là était moribond... Je pourrais très bien faire une carrière de Stéphane Bern anglais, vous savez. Pour les élections ou la constitution européenne, personne ne m'appelle ! Mais dès lorsqu'il s'agit de la famille royale, de Camilla Parker-Bowles, je reçois soixante messages sur mon portable, on me demande mon avis. Ce n'est simplement pas mon truc, ça ne m'intéresse pas. Comment le tuer ? En écrivant toutes les choses bizarres que j'aime pratiquer et qui font marrer mes meilleures copines.

C'est récent, vos pratiques SM ?

Pas du tout ! Quand j'animais Continentales, à Nancy, déjà, j'allais dans les boîtes. Moins que maintenant, parce que j'étais plutôt fatigué de me lever chaque jour à quatre heures. Ce que j'ai compris en écrivant ce livre, c'est le pourquoi de mon amour des langues et mon amour de l'Europe. J'étais ce petit garçon enfermé dans sa Cornouailles, sentant qu'il était différent, se croyant seul au monde, sachant que pour pouvoir devenir ce qu'il était vraiment en lui, il devait partir ailleurs et apprendre une autre langue. Les dernières pages, c'est le petit garçon qui est toujours en moi qui les a rédigées. Ce petit garçon m'a rappelé que ma vie sexuelle n'a pas été aussi légère et amusante que celle décrite dans le livre. J'avais une colère en moi, enfant, d'avoir à taire ma vraie sexualité pendant dix-huit ans. Je suis parti dans le milieu cuir pour pouvoir sortir tout ce que je devais cacher, adolescent, sur mes inclinaisons sexuelles. Où aller ? Je me suis donc exilé en France au début des années 80, au moment de l'arrivée de Mitterrand à l'Elysée. Les gens de ma génération n'oublieront jamais ce qu'il a pu faire pour les homosexuels, comparé à Thatcher. Je suis l'un des rares témoins encore vivant de cette époque, ils sont tous morts.

Il y a des réfugiés climatiques et vous, finalement, vous étiez un réfugié sexuel ?

Je me définis comme un exilé sexuel. Là, j'habite à Berlin car les Allemands sont plus ouverts que les Français. Dans les années 80 Paris était un phare de liberté mais la France a beaucoup stagné. Prenez l'adoption. En GB, elle est ouverte à tous les couples capables de donner un foyer chaleureux à un enfant.

Est-ce qu'il y a une identité sexuelle européenne ?

Oui. Elle diffère selon les pays. Rien que le monde cuir : il change totalement d'un pays à l'autre. Ma première expérience cuir, en France, était avec un type tout cuir, sauf les chaussures. Il portait une paire de petits mocassins à gland ridicules. Ses deux pompons sur le devant, ça n'allait pas du tout. La culture anglaise est portée sur la Masculinité, tout qui déroge à cette règle en est banni : c'est le stiff upper lip, la « lèvre supérieure raide ». On nous forme à ne pas montrer nos émotions. Dans le cas de mon père, cette attitude peut être émouvante, nous n'avons jamais parlé de mon homosexualité et en arrivant chez lui, j'aperçois sur le rebord de la cheminée une photo de mon ami et de moi. Je ne peux lui dire à quel point je suis très fier de lui. Je ne pourrai jamais lui dire. La culture française, a contrario met la pression sur la femme, à la Catherine Deneuve. La femme française se doit d'être belle, d'être chic.

La genèse du livre, racontez-nous ?

Il y a dix ans, Lattès me donne une avance pour écrire un livre sur l'Europe qui n'est jamais sorti. Dix ans plus tard, ils me réclament l'avance. Je revois mon éditeur qui a changé son fusil d'épaule : ils ont tout tenté sur l'Europe et ce n'est vraiment pas un thème porteur. On passe en revue des sujets de bouquin et au bout d'une heure, on tombe d'accord sur le sexe, la drague online. Les hétéros n'ont pas idée de ce qu'on peut faire sur le net : je voulais simplement écrire un recueil d'anecdotes plutôt drôles sur ma vie sexuelle.

Drôle et effrayantes, aussi...

Mais mon cher, ce serait moins bandant si ce n'était pas effrayant !

Mais ça vous plaît tant que ça, d'avoir peur ?

Peur ? Non, je suis excité par tous ces jeux de domination et de soumission entre deux hommes. Il faut que j'aie peur de la personne sinon c'est moins bandant.

Mais vous pouvez tomber sur des malades ! La fois où vous vous faites kidnapper volontairement, tout de même...

La clef de ces relations, c'est l'humour. Je parle beaucoup au téléphone avec ces inconnus, avant de prendre un avion pour le Massachusetts. S'ils ont le sens de l'humour, s'ils voient à quel point tout ce que nous allons faire est drôle, j'ai totalement confiance. S'il est drôle, c'est qu'il a du deuxième degré, c'est une expertise assez juste de sa psyché, souvent. On peut avoir le fantasme de l'uniforme, avec de vrais militaires britanniques. Je l'ai fait plusieurs fois et ce n'est pas bandant du tout car pour eux, ce n'est pas un fantasme, c'est réel. Alors que quelqu'un qui joue, qui le vit à fond au deuxième degré, qui va jusqu'à acheter des uniformes, à mimer le militaire alors qu'il est assistant social dans sa vraie vie, là c'est bandant. La sexualité est un vaste territoire de libération des fantasmes.

A cinquante ans, dans le milieu gay, on plaît encore ?

Pas du tout ! Mais moi j'ai de la chance, depuis sept ans, je m'éclate en rattrapant le temps perdu... et ça marche. Rien n'est laissé au hasard pour appâter le chaland : j'ai des pectoraux d'enfer, travaillés avec mon coach sportif, trois fois par semaine. J'ai plus de succès que je n'en ai eu quand j'étais jeune, j'attire plein de mecs de vingt cinq ans. J'ai une floppée de beaux Allemands qui me courent après.

C'est par eux que vous vous faites uriner dessus ?


Oh, allez, scoop pour vous : j'ai une sexualité très classique, la plupart du temps. Je ne parle dans le livre que des aspects les plus excentriques de ma vie sexuelle, mais cela m'arrive au maximum deux fois par an. La plupart du temps, comme tout un chacun, je branle des gens, je suce des gens en embrassant tendrement !

On est déçu, là...

Je vais même aller plus loin. Depuis que j'ai terminé le livre, c'est comme un exorcisme, je n'ai pas vécu une seule expérience cuir

Ca a démarré jeune, votre attirance pour le cuir ?

Très jeune. De toute façon, on sait si on est « cuir » avant l'âge de vingt ans.

On peut être « cuir » et végétarien ?

C'est compliqué... On devient « latex », plutôt.

Vous savez d'où ça vous vient, cette attirance pour le cuir ?

Oui. C'est Miss Emma Peel, dans Chapeau Melon & Bottes de Cuir, mon premier modèle dans la vie.

Pourquoi êtes vous parti habiter à Berlin ?

Parce que personne ne m'y connaît et que c'est plus simple pour coucher. Je suis un peu connu dans le milieu gay et c'est une malédiction, à Paris : « Oh, c'est Alex Taylor ». Cette fausse célébrité m'entoure d'une aura de solitude et personne ne me drague ici. A Berlin, si on me regarde, c'est qu'on a vraiment envie de moi. J'ai un peu fui pour cette raison, aussi.

Et sinon, vous aimez vous faire insulter en Allemand ?

« File là où l'on élève le poivre ! » (Da wo der Pfeffer wäschst !) hurlé dans la langue de Goethe, c'est très érotique, vous n'avez pas idée.

En Allemagne, la nourriture doit être exécrable, non ?

Pas du tout ! On trouve des magasins bios un peu partout et pour beaucoup moins cher qu'en France. Berlin est une capitale très abordable, le fruhstuck complet du dimanche matin, à profusion, coûte à peine huit euros. Et le Bratkartoffeln, vous connaissez ? J'adore !

Quand vous en parlez, je me dis que vous devriez animer une émission culinaire ! Vous regardez la télé ?

Jamais.

Même pas Arte ?

Encore moins ! Je ne règle jamais mes comptes, habituellement mais je me devais de le raconter dans mon livre. A l'époque de mon émission Confetti, j'avais enregistré à l'avance un mois entier d'émissions car je sentais que la fin de mon ami était proche. Je m'en vais une semaine, ça ne se voit même pas à l'antenne. Mon ami décède dans mes bras et je reçois une lettre pour « absence injustifiable ». Si j'étais parti à l'enterrement de ma femme, je n'aurais jamais reçu ce mot. Un homosexuel n'est pas traité comme un autre, même dans le deuil. Au bout d'un an, j'ai enfin pu quitter Arte, sans le moindre regret.

La réforme de l'audiovisuel public, vous avez une opinion ?


Ah, les Français sont meilleurs que nous pour le sexe, la nourriture mais s'il y a bien une chose que les Anglais font mieux que les Français, c'est la télévision. Les Anglais ont compris que la télé, ce sont d'abord des images, des histoires. J'étais chez Delarue, récemment, mais c'est de la radio filmée ! Quel est l'intérêt ? Ici, la télé, ce sont soit des films de pauvres, des « téléfilms », soit de la radio filmée. Avantage de la BBC, il n'y a aucune pub et on peut y passer en prime time un reportage fascinant sur les reptiles qui cartonne en audience. La Bib est financée par la redevance, comme chez vous. Je n'ai jamais compris comment la télé française pouvait être aussi mauvaise avec autant d'argent en jeu. Récemment, donc, j'ai fait Ruquier et Delarue. C'est devenu un système à part entière. Delarue est là pour titiller les gens. Les invités racontent des choses en direct qui vont changer leur vie et Delarue, dans un état second, fait des moues compatissantes, le menton incliné, en les relançant pour les faire parler.

Christine Ockrent vient d'être nommée comme présidente de France 24. Vous avez plein de points communs, tous les deux. Vous faites des ménages pour vivre...

Je l'admire énormément mais la France est le seul pays au monde (à part quelques états Africains) où l'épouse du ministre des Affaires Etrangères peut diriger une chaîne internationale, même en étant la meilleure journaliste de la télé publique. Concernant les ménages, je ne fais que ça. Quand j'étais président de RFI, c'était à temps plein, je ne faisais rien à côté. Moralement, ça me gênerait. Quand j'ai quitté RFI, j'ai monté ma boîte de production. Je voulais tourner des documentaires sur l'Europe et pour ça, il faut de l'argent. C'est là que j'ai accepté les ménages auxquels j'avais dit non pendant dix ans pour mettre tout cet argent dans ma boîte et mes docs européens.

Des documentaires sur l'Europe, ça n'intéressait que vous, non ?

Hélas oui... alors que de plus en plus de gens travaillent ensemble, au-delà des frontières. Prenez Airbus ! Au quotidien : des Français qui travaillent avec des Italiens et des Allemands. L'Europe se fait dans les entreprises et pas du tout dans la politique ou les médias. La Chine et l'Inde montent à des vitesses invraisemblables : notre continent est foutu si nous ne faisons pas l'Europe ensemble, tout de suite. Le Chinois est la langue la plus parlée sur le Web et dans le monde, il y a urgence. Ils achètent partout les grandes entreprises, les immeubles.

Vous parlez combien de langues, en tout ?

Je vous donne la version pour les journalistes ou la vérité ? Ah, « Alex Taylor le Polyglotte » ! Quand je monte dans les taxis, je dis toujours que je parle juste trois langues mais les chauffeurs semblent tellement déçus que désormais ça peut monter à 28. J'en parle couramment trois : Allemand, Français et Anglais. Italien et Espagnol, je me débrouille et Néerlandais je baragouine. France 3 à l'époque avait deux façons de parler de moi. Soit j'étais Alex Taylor l'Européen, soit Alex Taylor le pd qui présente la matinale info. Ils ont choisi l'Europe !

C'est l'horaire qui voulait ça...

Pas seulement. J'étais le premier animateur de la télé à en parler ouvertement, à l'époque. En 1990, quand ce n'était pas à la mode comme aujourd'hui, j'ai été soutenu par Jacques Chancel et Hervé Bourges. Ils m'ont dit que c'était bien ce que j'avais fait.

Ça a marché tout de suite, cette matinale.

Oui, j'ai eu un gros coup de bol : la guerre du golfe a éclaté deux jours après la première. Je dois ma carrière à Saddam Hussein ! (Rires). Nous sommes passés de 200 000 téléspectateurs à plus de quatre millions. Les directeurs des programmes sont tellement cons qu'ils pensaient que c'était grâce à moi, ce pic d'audience : « Il faut garder ce Alex Taylor à tout prix ! ».

Vous dites que votre homosexualité a nui à votre carrière. Ça s'est traduit comment ?

Par une absence de carrière ! (Rires) j'ai essayé d'y revenir mais la télévision a beaucoup changé. La notion de service public n'est plus la même. Souvenez-vous que je diffusais le journal télé russe sous-titré en Français, au matin, à l'époque. Ah, si j'ai fait sept ans sur la Chaîne Parlementaire, personne ne m'en parle jamais. C'est malheureux, tout de même : ma première fois chez Delarue, j'étais malade comme un chien à cause d'une mozzarella pas fraîche. Je le dis à l'antenne, on m'en parle après pendant six mois dans la rue « Faites attention à la Mozarella, Alex ! ». Sept ans d'émissions sur l'Europe et j'ai du croiser deux personnes qui m'en ont parlé, deux.



Personne ne vous propose rien à la télé Française ?

Personne. Je vais être franc, j'essaie de tuer mes ménages en étalant ma vie sexuelle mais visiblement, ça ne marche pas. On m'en propose toujours alors que je fais tout mon possible pour les faire fuir ! (Rires)

Ça consiste en quoi, vos ménages ?

Oh, je les raconte par le menu dans le livre. Je suis payé pour dire deux phrases, généralement. La fois où j'ai animé la venue de la Reine d'Angleterre, pour le lancement de l'A380, je le raconte dans le bouquin. La rolls noire arrive, tout le monde l'attend depuis des heures, une vieille dame en sort, un chapeau sur la tête et mon rôle est de dire, pour les étourdis qui n'auraient pas compris : « Mesdames, messieurs, la Reine ! ». Ça m'a pris deux jours de répétition, juste pour ça.

On peut jouer à un vrai-faux sur les Anglais ? Alors : « les Anglais ne sont pas sexy »

Totalement faux !

"Les Anglais sont plein de tatouages".

Oui.

"Les Anglais ne savent pas cuisiner".

N'importe quoi. On nous a tellement bassiné les oreilles avec cette idée... Allez faire un tour dans un supermarché Anglais désormais et vous verrez le contraste avec la France. Il y a 36 000 fois plus d'idées de cuisine qu'ici. Un dessert à Paris c'est mousse au chocolat. En Angleterre, il y a une vraie cuisine Anglaise, la « Fusion Cooking », qui réinvente totalement le genre.

"Les Anglais détestent les Français".

Oh non, c'est pire que ça. Ils sont totalement indifférents à votre sort. Allez dans la rue, demandez à mille personnes le nom de votre premier ministre, vous serez chanceux d'en trouver deux qui le connaissent. Quand on demandait aux Anglais qui était Valery Giscard d'Estaing, après cinq ans de mandat, ils pensaient que c'était une ballerine ou la femme de Sacha Distel.

"Les Anglais ont triché pour avoir les JO à Londres".

Pas besoin, les Français étaient tellement ringards avec leur film de présentation.

« 25 % des Anglais sont homosexuels » dixit Edith Cresson.

Oh, si seulement ! (Rires)

"Les Anglais picolent comme des trous".

Oui. C'est la « binge culture », les gens boivent pour être pétés. C'est une culture de l'alcoolisme : l'alcool n'est pas un plaisir mais uniquement un moyen pour péter les plombs.

Vous aimeriez retourner vivre en Angleterre ?

Non, c'est trop tard maintenant. Ou alors dans une maison de retraite gay, s'ils en ouvrent une. Je n'ai aucune envie de vieillir seul.

Alex Taylor, Mars 2008
Journal d'un apprenti pervers, éditions Jean Claude Lattès.
Le lien pour acheter le livre.





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