Les rumeurs de ma mort sont grandement exagérées, comme dirait l'autre, mais il est clair que j'ai tourné une page de blog, et pas une petite. Je n'écris plus régulièrement...ici...mais plutôt ailleurs, sur d'autres plateformes. Pour ceux qui ont eu la curiosité d'aller sur les Inrocks, cet été, je suis allé signer quelques billets. Il y aura d'autres surprises dans les semaines à venir (fond et forme) mais pas ici, ici, ça ne bouge pas. Ça s'endort tranquillement même, on pourrait dire.
Quelques nouvelles ?
Je vais fêter dans quelques jours ma première année chez Universal Music France, au poste de rédacteur en chef d'OFF TV, la chaîne musicale de la première major française : la chaîne est lancée sur la box SFR cet hiver. Vous pourrez donc voir les programmes affalés sur votre canapé (j'en rêve, je déteste regarder des vidéos assis derrière un PC). J'entends souvent dire que je devrais écrire un livre sur ce que je vois et découvre au quotidien, ce qui semble une excellente idée...sur le papier, sans jeu de mot. En vrai, c'est un travail, certes passionnant, mais qui reste un travail : une maison de disque est une entreprise comme une autre (allez, pas tout à fait comme une autre, il souffle un vent de folie et de créativité dans les couloirs que ressentent les visiteurs) et mon travail comporte autant de tâches récurrentes que de moments plus rares et plus amusants.
Ce que je préfère ? Partir sur le terrain rencontrer des artistes (français ou "Inter" comme on dit) pour les interviewer, les entendre répéter ou assister aux concerts, enregistrements d'albums, etc. J'ai, dans ces moments-là, beaucoup de chance. Hier, j'étais avec James Morrisson, par exemple, dans sa loge du Jamel Comedy Club. Accompagné par sa femme et sa fille, nous avons échangé sur la paternité et la vie d'artiste en tournée. Évidemment que j'aime ça : j'apprends tellement sur l'Humain. Il suffit de regarder, d'écouter. Et, ensuite, le découvrir sur scène, passionné, sublimé, transporté par la musique, ajoute une dimension incroyable à mon travail. Je me sens bien.
Ce que j'aime moins ? Les aléas du direct, comme on dit, les rendez-vous reportés, décalés, les artistes qui font au mieux pour donner le maximum, entre 25 médias mais qui obligatoirement se répètent et s'épuisent un peu, les pressions des entourages, la vision du manager qui n'est pas forcément celle de l'artiste ou la mienne (chacun voit midi à sa porte) mais ce sont des désagréments mineurs. En une année et peut-être une centaine d'artistes rencontrés (peut-être plus), je n'ai jamais vécu une seule situation désagréable ou hors limite qui vaudrait le coup d'être racontée dans un livre. Des moments de fatigue, des moments de doute, des moments de refus (une lumière aveuglante, une chaise inconfortable, rien de bien grave) : oui. Les artistes sont comme vous et moi. Mais il n'y aurait rien de bien passionnant à coucher sur le papier sauf à mentir et grossir le trait.
J'ai terminé ma collaboration avec Zazie début juillet après un an et quelques mois ensemble. Je m'exprimerai librement sur ce sujet dans quelques années, le temps de réaliser ce que j'ai vécu et de trier ce qui m'a marqué durablement de ce qui fut anecdotique. J'ai beaucoup, beaucoup appris pendant ces mois entourant la sortie de l'album puis la promo et enfin le début de la tournée. Je ne suis pas réellement satisfait de ce que j'ai pu commencer (et non terminer) sur son blog : il y avait tant à faire et tant à inventer, tant à proposer. C'est comme ça.
J'écris, sinon, à côté. Pour la télé ou le cinéma. Nous en reparlerons. Pas la force de commencer un livre même si deux romans sont dans les tuyaux, quelque part. Je n'arrive pas à ouvrir le robinet, pas envie, en fait.
La vie privée reste privée, mais ça va. Comme après huit années de vie ensemble. You know what I mean.
Voilà. Je vous embrasse.
(En photo, Jenifer, dont je suis "amoureux" depuis déjà dix ans et que je revois à chaque fois avec un plaisir immense. Sa fraîcheur, sa timidité et sa voix, punaise, sa voix...J'aime cet artiste, point. Comme des millions de gens.)
J'ai une relation privilégiée avec l'Olympia qui me permet d'avoir des places de folie pour des concerts...comme celui de Liza Minnelli. J'en avais deux et il me semblait évident d'y aller avec Xavier Héraud, le journaliste qui m'a donné l'envie de découvrir Liza, sur son blog, il y a des années (Folk Furieuse, fermé depuis).
Xavier a été adorable, pendant le concert, puisqu'il m'a décrypté ce que je voyais ou entendais...ramenant parfois de super souvenirs comme ce titre extrait de la BO de New York, New York, que j'écoutais déjà en 1985, sur une vieille K7 : "But the word goes round"
Moment mémorable, pendant la soirée, la reprise en anglais de "Comme ils disent", d'Aznavour, devenu "What makes a man a man". Ici visible dans sa version la plus récente. Un grand moment du spectacle :
Voici le compte rendu de Xavier, disponible sur Yagg : I’m Still Here. Cette chanson qui figure dans la comédie musicale Follies est devenu l’hymne des artistes qui ont survécu à toute une vie de show business, avec ses hauts, ses bas, ses fortunes et ses infortunes. Si elle ne l’a jamais chantée en public, Liza Minnelli en est devenue – peut-être à son corps défendant – une incarnation parfaite, comme elle l’a prouvé encore une fois hier soir à l’Olympia.
Plus de 40 ans après un premier récital qui l’a faite connaître du public français, la comédienne et chanteuse revient enflammer la salle du boulevard des Capucines, avec un mélange de vieux standards (extraits de Cabaret, Chicago, New York, New York, etc.) et de chansons tirées de son dernier album, le très intimiste Confessions.
La star, toute juste épinglée des insignes d’officier de la légion d’honneur, n’a pas à forcer son talent pour conquérir le public (...) ICI LA SUITE
Je suis parti seul à Berlin, histoire de voir si je m'y trouvais un peu. C'est bien de partir seul, à un moment.
J'ai fini dans une fête entre Allemandes (que des filles et moi) dans un restau espagnol, à boire du rosé pétillant et à manger des charcuteries. Me suis fait une amie et je suis rentré avec elle à l'hôtel où nous attendait une ancienne Spice Girl. Avec qui j'ai papoté jusqu'au petit matin.
C'est totalement improbable, totalement anecdotique vu de l'extérieur mais totalement ce que je vis en ce moment. Je m'accroche à mes deux "MOTTO" tirés dans un sac plein de "consignes", en début d'été : - Lâcher prise - Sincérité
Alors, le plus sincèrement du monde, je dis "oui" à ce que la vie m'apporte et je tâche de lâcher prise quand je suis un peu trop dérangé dans mes habitudes.
Je repars ce midi un peu loin, pour quelques jours.
La rue de Berlin, pour me souvenir de cette soirée, de ce lieu et de ces échanges.
En studio avec Herbie Flowers. Bassiste, c'est lui qui joue sur "Walk On the Wild Side" ou "la Ballade de Melody Nelson" et puis il a aussi joué sur des albums solos de Paul, George et Ringo. Il est classe : mocassins, chemise, pantalon de tweed. Il parle avec un accent anglais magnifique, super bien éduqué. Il a 73 ans.
Je lui demande (en ayant tourné mille fois ma question avant dans ma tête) comment c'était de jouer de la basse avec...disons...George Harrison. Il me sourit énigmatiquement, semble chercher dans sa tête, mais non : - Je ne me souviens pas. J'ai fait ça, moi ? - Oui. C'est écrit dans Wikipedia. Il sourit encore plus : - C'est du passé, je ne me souviens plus. Nous sommes aujourd'hui. Aujourd'hui. La musique que nous enregistrons est excitante. La musique que nous enregistrerons demain est toujours plus excitante que celle que nous avons enregistré hier.
J'ai l'impression d'avoir raconté mille fois déjà ma rencontre avec Benjamin Paulin. Un EP que je découvre par hasard, sur le net, il y a plus d'un an déjà. Je l'écoute en boucle lors de mon roadtrip US entre Phoenix, Seattle, Vancouver et Salt Lake City (oui, 5 semaines et plus de 6000 km en voiture). "L'homme moderne" est un petit chef d’œuvre d'écriture :
A mon retour sur Paris, je demande à faire son interview, craque sur son album qui est superbe, réussi : les textes, les mélodies, la voix. On se rencontre.
Quelques semaines plus tard (dix jours, je pense), je suis embauché par Universal...et me voilà employé dans la maison de disques de Benjamin ! Je découvre que je peux lui demander de participer à Puzzle, l'émission que nous lançons, où des blogueurs rencontrent nos artistes maisons. Courageusement, il accepte et traverse la france en travers, entre les Alpes et la Charente Maritime, en une matinée, pour tourner le pilote de Puzzle, avec Anne Lataillade (merci, Anne). Il pleut des cordes toute la journée, l'équipe passe des heures à filmer et le résultat, magnifié par le montage de Jean-Baptiste Brégon prend tout son sens :
Ce Puzzle lance la série de huit épisodes : nous avons trouvé notre ton, notre rythme et notre équipe...L'aventure se terminera huit mois plus tard en Suède avec Caroline Franc (et Abba).
Je suis ému car aujourd'hui, invité par Guillaume Depagne, le directeur artistique de Benjamin, je me suis retrouvé au mythique Studio Ferber, dans le vingtième arrondissement de Paris. On y enregistre le deuxième album qui, d'après ce que j'ai entendu, sera encore meilleur que le premier. L'artiste a beaucoup, beaucoup travaillé.
A un moment donné Frédéric Lo (qui réalise l'album et qui n'est pas vraiment n'importe qui) a demandé des volontaires pour passer derrière le micro. Je n'ai absolument pas laissé passer cette chance et me suis rué avec les autres (David Scrima, qui composait le titre, notamment) pour être dessus. J'étais comme un gosse et cela se voit sur la photo. Mais, surtout, j'étais fier d'en être car je crois en Benjamin depuis le début.
Je le sentais mais je viens d'en avoir la confirmation, cet après-midi. Mon parcours crée une jalousie assez stupéfiante dans mon sillage, jalousie que je ne subis jamais frontalement mais par ricochets, comme après qu'un caillou soit lancé dans l'eau, disons que je ne ressens que la quatrième ou la cinquième vague.
Cette jalousie se manifeste le plus souvent par des blocages plus ou moins discrets ou par des manifestations un peu trop chaleureuses pour être honnêtes. Je suis alors confronté à des choix plutôt drastiques : je dois cesser soudain une collaboration où l'on me demandait de me plier jusqu'à l'absurde, où l'on attendait que je cesse d'être ce pour quoi on est précisément venu me chercher.
Ce phénomène castrateur, pour peu que j'arrive à le regarder de loin (je n'y arrive pas tout le temps, ou pas immédiatement) est assez incroyable : je ne comprends pas le besoin de tuer ce qu'on a fait naitre. Pourquoi me rejeter alors qu'on était venu me proposer de travailler ? J'en conclus que c'est soit du sadisme (ou de la jalousie), soit de la naïveté brute : la collaboration ne devait pas se faire, point. Les feux rouges du côté de "l'employeur" ont été ignorés.
Que faire, que dire ? Rien.
Je note que cette jalousie touche particulièrement une profession. Je ne sais que faire de cette donnée. Peut-être devrais-je la relier à une conversation fort instructive, vécue hier soir, où l'on m'appris que je faisais partie (bien malgré moi) des gens qui incarnent l'avenir de cette profession. Cette évolution, hors cadre, hors diplôme, hors conventions, angoisserait énormément ceux qui pratiquent au quotidien leur métier et les ferait réagir avec autant de corporatisme que de colère.
Je continue à avancer à mon rythme, avec mes valeurs, dans le réseau de gens "sains" (ou faillibles mais cela arrive) que je me constitue, en laissant le plus souvent possible la barre sur "Niveau d'exigence élevée" et en reconnaissant ma propre valeur. Super important de reconnaître sa propre valeur : je sais désormais quand je fais des choses moins bonnes (souvent acceptées dans un moment d'angoisse, croyant gagner trois francs six sous sur un projet facile) et je sais désormais quand je rends une copie bonne ou excellente. Je sais mettre un prix sur mon travail. Je sais évaluer ce que je vaux.
Donc, rien. Continuer à avancer et se laisser toucher, régulièrement, par ces petites ondes qui me rappellent que tous ne vont pas dans le même sens que le mien et que je fais bien de regarder devant. Il n'y a pas de demi-tour possible. Il n'y a pas de compétition. Il n'y a pas de "faire plaisir aux autres" car cela est impossible, non. Il n'y a que du MOI. Mais du MOI intègre, du MOI respectueux, du MOI collaboratif, du MOI généreux. Du MOI nourri des autres pour m'apaiser et m'alimenter en ondes collectives afin d'aller un kilomètre plus loin.
La jalousie fait du sur place : elle trépigne et bat du pied par terre, nourrie du courant d'air laissé dans mon sillage. Une illusion d'énergie.
Vous me demandez parfois ce que je fais dans la vie, quand on se rencontre. Basiquement et entre autre, je "fais" ce que vous allez voir en dessous.
Cela implique de trouver la bonne personne pour rencontrer le bon artiste, trouver une idée de mise scène, écrire un concept autour de cette rencontre puis assister un ou une monteuse pour fignoler le sujet au maximum, tordre les rushes dans tous les sens pour en extraire le maximum, quitte à jouer avec les sons, les images et la chronologie. Du montage, quoi. Et, cerise sur le gâteau, quand je peux délivrer un message par dessus, discret, je le fais.
Vous ne l'avez peut-être pas vu mais chaque Puzzle a une morale, depuis le début de la série, en Janvier. Une petite phrase qui résume l'épisode. Voici le numéro 8. Caroline a accepté de partir en Suède rencontrer Bjorn, de Abba. Et voilà ce que cela donne. Remerciements à Justine Hiriart, Jean-Baptiste Brégon et à Julien Jarsallé, aussi, qui nous a fait partir si loin. Quand à Caro, je ne trouve pas les mots pour lui dire, de nouveau : merci.
Je manque parfois cruellement d'intelligence dans les bêtises que je commets mais je m'accroche au fait que je les faits avec une raison : j'ai retenu que tout est faisable, dans une vie, à condition qu'on puisse le justifier. Je suis alors parfois mon instinct (ou ma bêtise) jusqu'au bout et je vis donc l'expérience dans sa globalité, avec sa conclusion.
Je me suis fait rattraper il y a peu par les conséquences de mon acte : après m'être excusé pour la gêne occasionnée, avec sincérité, car je comprenais dans quel "ennui" j'avais pu placer mon interlocuteur, j'ai quand même dit que si c'était à refaire, je referai exactement pareil, car je ne voyais pas d'autre façon d'arriver à mon but.
La personne m'a alors regardé et m'a donné un solution. Qui ne m'avait pas paru envisageable. A laquelle je n'avais pas pensé. Et, surtout, celle que je n'avais pas pu déclencher autant par manque de dialogue que par timidité.
J'ai retenu de cette expérience deux choses : - Je suis encore paralysé par ma timidité de DEMANDER ce que je VEUX exactement, voulant encore CONCILIER la chèvre et le choux et faire plaisir à tout le monde, comme à moi. - Je ne parle pas assez de comment je conçois les choses. J'imagine que les autres comprennent mes désirs, ont les mêmes en parallèle et seront parfaitement en adéquation avec moi à l'arrivée. Grosse erreur.
Dernière constatation et non des moindres, et celle-ci me dépasse, je RECHIGNE à parler de mes vraies envies, parfois, comme si le fait de les mettre sur la table les rendaient plus palpables, moins sexy ou tout simplement plus explicites. La verbalisation me met mal à l'aise et je préfère encore le non-dit, l'angoisse du "et si" et du "je tente le coup, on ne sait jamais".
J'ai beau savoir que la discussion est la clef de tout, j'ai beau constater au quotidien que dire ce que je pense m'est beaucoup plus profitable, je n'arrive pas encore à dire ce que je VEUX.
Quel chantier, punaise. Je présente mes excuses à Th. qui se reconnaîtra.